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| Mise
à jour le 07-11-2010 |
| Le
mythe de Bodhidharma |

Bodhidharma (460-534), un moine originaire
d’inde. |
Il
semblerait qu'en l'an 520, un moine indien originaire de kanchipuram,
près de Madras, se rendit dans la ville de Kouang (Canton),
où il fut reçu en audience par Wou-ti, empereur
de la dynastie des Liang. De là, il prit la route d'un
monastère du royaume de Wei, où il passa des
jours entiers en méditation. Si la légende est
vraie et si Bodhidharma a véritablement visité
le monastère de Shaolin, ce personnage serait doublement
important pour l'histoire des arts martiaux, car il aurait
non seulement fondé la boxe de Shaolin, mais aurait
été aussi le premier patriarche du bouddhisme
ch'an ou zen. |
Bodhidharma
en méditation |
C'est
à ce titre qu'il est vénéré comme
le saint patron des arts martiaux par les Japonais, qui l'appellent
Dharuma et exposent son portrait à la place d'honneur
dans leurs dojos (salles d'entraînement). Ces portraits
nous le représentent invariablement sous les traits
d'un homme très laid, barbu, les cheveux sombres, hirsutes
et bouclés, les yeux d'un bleu d'acier. |

Temple
Shaolin, visité par Bodhidharma |
Le
fondateur de la boxe de Shaolin est un personnage mystérieux.
Nous ne possédons sur lui qu'un seul témoignage
oculaire que nous devons à Yang Hsuan-chih, habitant
de Lo-yang, dans l'actuel Honan. Ce récit daté
de 547 est intitulé Lo-yang chia-Lan-chi (Annales des
monastères de Lo-yang). |

Boxe
chinoise de Shaolin |
L'auteur
raconte qu'il rencontra Bodhidharma un jour qu'il montait
au grand temple Yung Ning avec le préfet de la ville
de Lo-yang : « ... à l'époque s'y trouvait
aussi le Sramana des terres occidentales, Bodhidharma, fondamentalement
un Hon du royaume de Poss'eur (Perse). Devant les merveilles
du temple, il dit qu'il était âgé de cent
cinquante ans, qu'il avait parcouru en tous sens de nombreux
royaumes différents et que rien n'égalait ce
temple en beauté. »
Cette référence qui paraît confirmer l'existence
de Bodhidharma est précieuse, mais il faut la prendre
cependant avec une certaine prudence, car les textes chinois
furent copiés d'innombrables fois et les erreurs de
transcription n'étaient pas rares. De plus, d'autres
erreurs peuvent se produire lorsque ces textes sont traduits
dans une langue occidentale. A supposer que la traduction
soit fidèle, quelle est sa signification? De quelle
langue se servit Bodhidharma lorsqu'il s'adressa à
l'auteur? Parlait-il couramment le chinois? Voulait-il vraiment
dire qu'il avait cent cinquante ans? Si c'est le cas, Bodhidharma
disait-il ce qu'il croyait être la vérité,
ou parlait-il par énigmes, à la manière
qu'adopteront plus tard les moines ch'an et zen?
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En
regardant cette photo on aperçoit Dharuma (Bodhidharma
en japonais)
qui est exposé dans la salle du dojo japonais.
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L'expression«
fondamentalement un Hon du royaume de Poss'eur » signifie-t-elle
qu'il était perse ou qu'il ressemblait à un
Perse? Un orientaliste estime qu'elle signifie « le
Hon aux yeux bleu-vert ». Dans ce cas, le personnage
ainsi décrit aurait pu être un Indien, même
s'il avait la peau claire, car le teint clair et les yeux
bleus ne sont pas rares dans le nord-ouest de l'Inde.
Les textes ne disent ensuite pratiquement plus rien de Bodhidharma
pendant près de cinq cents ans. Même Hsüan-tsang,
le lettré pèlerin chinois du VIIe siècle
qui visita les temples de Shaolin et de Kanchipuram cent ans
plus tard n'en fait pas mention. Puis tout à coup,
vers le XIe siècle, apparaissent des ouvrages qui décrivent
longuement son séjour en Chine et son enseignement.
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Ce
portrait qui se trouve dans le temple Sangen-in, à Kyoto,
représente Bodhidharma sous les traits d'un personnage
patibulaire,
comme le veut la tradition. Il est l'œuvre d'un peintre
de la période
de Momoyama, Ukkoku Togan (1565-1608) |
Cette
lacune de quatre siècles paraît inexplicable.
Une théorie qui concorde avec les faits connus pourrait
cependant fournir une explication.
Les enseignements du bouddhisme ch'an ou zen, lorsqu'ils commencèrent
à se répandre, étaient certainement considérés
comme très radicaux et peut-être même hérétiques.
En effet, les lettrés chinois de l'époque consacraient
leur vie entière à l'étude des manuscrits,
et leurs pratiques religieuses consistaient à célébrer
des rituels très élaborés.
En revanche, dans la secte ch'an, les pratiques religieuses
étaient très simples, les manuscrits inexistants,
et même le Bouddha ne répondait à aucune
nécessité particulière. La doctrine du
bouddhisme ch'an dit : « Tu trouveras le Bouddha si
tu sais voir "clair dans ta propre nature. » Le
bouddhisme ch'an, une religion dans laquelle le postulant
cherche à atteindre le choc brutal de l'illumination
intérieure, ne connaît pas d'objets de vénération.
Une citation datant de 840 environ confirme ce point de vue.
Un maître ch' an, Hsuan-Chien, aurait dit: « Il
n'y a pas de Bouddhas, pas de patriarches. Bodhidharma n'était
qu'un vieux barbare barbu... les enseignements sacrés...
des feuilles de papier tout juste bonnes à essuyer
le pus de vos clous. »
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Selon
la légende,Bodhidharma,aprés son arrivée
au monastère
de Shaolin, passa neuf ans à contempler le plafond d'une
grotte
"écoutant les fourmis hurler".Un moine en fut
si frappé qu'il se coupa
une main en témoignage symbolique de sympathie.Ce rouleau
peint
au XII siècle sous la dynastie Song, représente
la scène. |
Le
ch'an finit par s'imposer à l'époque où
d'autres sectes bouddhistes furent persécutées
en Chine vers 845. Ce mouvement de réaction s'insurgeait
contre la richesse et la puissance des monastères.
Toutefois, comme le ch'an ne cherchait pas l'accumulation
des richesses matérielles, la secte échappa
à la persécution. Le ch'an cessa donc d'être
considéré comme une doctrine hérétique.
Il survécut, prospéra, et ses moines, comme
tous les religieux, éprouvèrent sans doute le
besoin de relater la vie de leur grand fondateur et de répandre
sa parole. |

Gravure
ancienne représentant la méditation dans la
grotte dans laquelle il séjourna pendant neuf ans.
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Les
ouvrages dans lesquels sont exposés les enseignements
de Bodhidharma furent tous écrits longtemps après
sa mort, et les livres d'exercices le furent vraisemblablement
mille ans plus tard. Les fragments de son enseignement des
arts martiaux qu'ils peuvent contenir ont donc certainement
été modifiés et dilués durant
des siècles et des siècles, au point d'en être
méconnaissables aujourd'hui.
Comme toutes les archives du temple de Shaolin ont brûlé
en 1928, il est peu probable qu'on trouve jamais d'autres
documents prouvant que Bodhidharma mérite sa place
de patriarche du ch'an, du zen et des arts martiaux. Mais
ses enseignements survivent.
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Pierre
gravée relatant la méditation de Bodhidharma face
au mur. |
C'est
un maître des arts internes chinois, le maître
Hung Yi-hsiang, qui nous fait finalement comprendre la signification
réelle des enseignements de Bodhidharma.
Le maître explique que c'est Bodhidharma qui a introduit
en Chine la notion de wu-te, la vertu martiale. Par là,
il faut entendre les qualités de discipline, de retenue,
d'humilité et de respect de la vie humaine du véritable
guerrier : «Avant l'arrivée de Ta-Mo (Bodhidharma),
ceux qui pratiquaient les arts martiaux en Chine s'entraînaient
surtout pour se battre et ils passaient leur temps à
brutaliser les faibles. Ta-Mo apporta le wu-te, qui enseigne
que les arts martiaux, loin d'être pratiqués
dans un esprit combatif, ont en réalité pour
vocation d'encourager le développement de l'esprit
et du corps. »
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