Source: Photo Budokai Mandeure

Les 10 leçons du to-te de Itosu Anko

Le karaté ne vient pas du bouddhisme ni du confucianisme. Autrefois deux écoles de karaté, Les styles Shorin et Shorei, furent introduits depuis la Chine. Les deux styles sont basés sur des principes profonds et il est vital qu'ils soient préservés sans altération. C'est pourquoi, je mentionne ici ce que chacun doit savoir sur le karaté, c'est-à-dire « Les dix leçons du To-te » qu'il écrivit en 1908.

Anko Itosu (1800-1896)
1- Le karaté ne s'arrête pas à l'entraînement du corps. Si l'on est confronté à la nécessité de combattre pour une cause juste, le karaté fournit les moyens de l'action au péril de sa vie. Ces moyens ne sont pas à employer contre un adversaire, mais plutôt, doivent être utilisés pour éviter l'usage des poings et des pieds dans l'éventualité d'une rencontre dangereuse avec un ruffian ou un fauteur de troubles.

2- Le premier but de l'entraînement de karaté est de renforcer la musculature, rendant le corps résistant comme le fer ou la pierre, de sorte que l'on peut user des mains et des pieds comme d'une lance ou d'une hallebarde. Par ce biais, le karaté cultive chez les enfants, la bravoure et le courage et devrait être encouragé dans nos écoles. N'oubliez pas ce que le duc de Wellington dit après avoir vaincu l'empereur Napoléon: « La bataille de Waterloo fut gagnée sur les terrains de jeux d'Eton ».

3- Le karaté ne peut pas être correctement appris sur une courte période de temps. Comme un bœuf indolent il peut parcourir des milliers de kilomètres malgré sa lenteur. C'est pourquoi, quelqu'un de résolu à étudier sérieusement, deux à trois heures chaque jour, verra de grandes transformations dans son corps après trois ou quatre ans d'efforts continus, accédant ainsi à la vraie essence du karaté.

4- L'une des choses les plus importantes en karaté, est l'entraînement des mains et des pieds. C'est pourquoi on doit toujours travailler au makiwara pour les développer correctement. Pour que ce travail soit efficace, il faut abaisser les épaules, ouvrir la poitrine, focaliser l'énergie, agripper fermement le sol pour asseoir la posture, et abaisser le ki (force vitale ou énergie primordiale) jusqu'au tanden (zone située un pouce et demi sous le nombril). En respectant ces principes, il faut faire cent ou deux cents tsuki (coup de poing) chaque jour de chaque main.

5- On doit toujours maintenir une attitude étirée vers le haut dans les postures d'entraînement au karaté. Le dos doit être étiré ainsi que la taille, et les épaules abaissées, tout en pliant les jambes de manière à garder une énergie souple dans la posture. On doit se relaxer et réunir le haut et le bas du corps par l'action du ki rassemblé dans le tanden.

6- Le karaté comprend une myriade de techniques, chacune ayant un nom et un sens. Pour comprendre plus facilement leurs applications pratiques, il faut étudier indépendamment leur contexte et appliquer les principes du torite (interprétation, bunkaï).

7- Dans l'entraînement de karaté, on doit comprendre si le but d'un mouvement est le combat ou le travail du corps.

8- L'intensité est un facteur important dans l'entraînement du karaté. Pour améliorer la progression, le mieux et de s'imaginer, pendant l'entraînement, qu'on est en plein champ de bataille. C'est pourquoi les yeux doivent exprimer de la férocité tout en abaissant les épaules et en contactant le corps quand on délivre un coup. S'entraîner dans cet esprit prépare au combat réel.

9- Le niveau de l'entraînement doit être en proportion de son potentiel et de sa condition physique. Une pratique d'intensité excessive est préjudiciable à la santé, et est reconnaissable au fait que le visage et les yeux deviennent rouges.

10- Les adeptes du karaté jouissent habituellement d'une vie longue et pleine de santé, grâce au bénéfice de leur entraînement continu.
La pratique fortifie les muscles et les os, dynamise les organes digestifs, et régule la circulation sanguine. C'est pourquoi, si l'étude du karaté était introduite dans le programme d'éducation physique des écoles primaires et pratiqué régulièrement, nous pourrions être à même de forger des hommes aux capacités de défense incommensurables.

Je suis convaincu que si les étudiants du Shihan Chugakko (Ancien nom de l'École Normale d'Okinawa) pratiquaient le karaté, ils pourraient, après leur titularisation, introduire le karaté à différents niveaux, comme les écoles primaires. Par ce moyen, le karaté pourrait être diffusé dans la nation tout entière, et servir non seulement à fortifier la population en général, mais aussi bénéficier grandement à nos forces armées