Source : Photo Budokai Mandeure

Histoire du Karaté d'Okinawa
Les archives de karaté sont précieusement gardées dans les écoles d’Okinawa et racontent l’histoire détaillée de cet art martial aujourd’hui connu sur tous les continents.

Les archives du karaté d'Okinawa précieusement gardées
Xe siAècle: Premiers contacts des Ryukyu avec la Chine
1e moitie VIIIe siècle: Les Ryukyu sont une terre d'exil pour un nombre important de Samouraï, de moines bouddhistes et de lettrés fuyant les guerres civiles au Japon.
XIIIe siècle: Okinawa est divisée en trois provinces autonomes, Hokuzan (1) montagnes du nord, Chuzan (2) montagnes du centre et Nanzan (3) montagnes du sud. Celles ci payent le tribut à la Chine et au Japon.

Les 3 provinces et Naha, la capitale d'Okinawa
XIV e siècle : La tradition dit qu’à cette époque il éxiste des techniques de combat de sources chinoises, connues sous le nom de Ti.

Idéogramme Ti (ou Te, De, ou encore Tode).
Il se noue par la suite d'étroits contacts entre les experts d'arts martiaux chinois et Okinawaïens. Les relations qui y furent nouées au cours du temps permirent aussi à de nombreux okinawaïens de faire le voyage en sens inverse, pour étudier les arts martiaux à la source même.

Boxe Chinoise (Quan-fa)
A partir du XVIe siècle : La technique okinawaïenne du Te se précise et s’imprègne de plus en plus d'éléments pris aux nombreux styles de boxe chinoise (Quan-fa) et qu'elle mérita de plus en plus l'appellation de To-de, (main chinoise « To = Chine,Te = main » ).
Fin du XVe siècle : le roi Sho-Shin proscrit la possession de tout ce qui pouvait ressembler à une arme. Les armes furent confisquées et stockées dans des entrepôts royaux sévèrement gardés. Les historiens d'arts martiaux voient dans cette décision de Sho-Shin l'élément capital qui va décider de l'orientation originale des techniques de combat produites dans l'île: non seulement les techniques à main nue (Te, puis Tode), dont les premiers embryons existaient déjà, sans que l'on puisse en définir les contours, mais on se mit à considérer avec un nouvel intérêt les ustensiles à usage domestique qu'avec un peu d'ingéniosité il serait facile de convertir en armes redoutables.

Le roi Shoshin-O (1477-1526) parmi sa cour
Les pêcheurs et les paysans se mirent tout d'abord à improviser avec leurs outils de travail, d'apparence pourtant anodine pour la plupart, puis, les siècles passant, à perfectionner de véritables techniques structurées, largement inspirées de celles du Te, et actuellement impossibles à distinguer des mouvements présents dans les vieilles danses populaires d'Okinawa (Odori). Ce fut l'origine du Ti-gua, ancêtre du Ko-bujutsu (Jutsu=ensemble de techniques, Bu=guerrières, Ko=anciennes) puis Kobudo (Ko=ancien, Budo=voie du combat ou voie du guerrier).

Paysan Okinawaïen armé d’une faucille (Kama) et d’une
lance rustique en bambou, à l’origine du Ko-Bujutsu
Début du XVIIe siècle : Première trace de l’appellation de l’Okinawa-te .
Fin du XVIIe siècle : Les Satsuma envahissent Okinawa avec 3000 guerriers ,on interdit une nouvelle fois toute possession d'armes, ainsi que toute pratique à caractère martial. On est certain qu'une nouvelle fois les Okinawaïens bravèrent l'interdiction. Ce fut l'éclosion rapide des techniques de combat. Le Tode ainsi que le Ti-gua se développent à l'abri des yeux de l'occupant. Les entraînements ont lieu dans le plus grand secret, de nuit, et la transmission des techniques ne se font qu'oralement. Petit à petit cependant, des experts plus doués émergent du lot des pratiquants, des styles se diversifient et des maîtres, chefs de file, codifient leur enseignement, laissant de moins en moins place à l'improvisation.

Les samourais envahissent Okinawa au début du XII siècle
et influencent l’histoire du karaté.
Au cours du XIXe siècle : Les écoles prendront le nom de la localité où demeurent les adeptes, Shuri-té pour désigner l’école de Sokon Matsumura (1809-1899) et ses contemporains, Tomari-té pour désigner une autre école qui se développe sans le village voisin, et Naha-té pour désigner l’école des chinois du village de Kumé qui faisait partie de Naha. Le Tomari-té ressemble beaucoup au Shuri-té. Ces deux écoles présentent directement un art de combat produit par la culture d’Okinawa.

En rouge les 3 provinces : Tomari, Shuri et Naha

Après 1868 : Une nouvelle fois tout ce qui ressemble de près ou de loin à une activité martiale est proscrit dans l'ensemble de l'Empire.
En 1879 : Okinawa devient officiellement une préfecture japonaise. L'ordre nippon y règne et les vieux arts martiaux faillirent bien disparaître. Quelques vieux maîtres pratiquent encore dans une centaine d'écoles, dépositaires du patrimoine menacé.
En 1900 : L’étude de L’Okinawa-té apparut dans les programmes de cultures physiques des écoles de l’île, comme moyen d’éducation pour les jeunes. Itosu Anko et Kanryo Higaonna en furent les pionniers. L’évolution et la modernisation l’Okinawa-te par la suite, est devenu définitivement le Karaté quand cette technique fut transmise au Japon.
En 1903 : Première démonstration publique, à Okinawa, des arts martiaux jalousement préservés jusque-là de la curiosité des Japonais, toujours considérés comme des « étrangers ». Ce fut une révélation.
En 1904 : Le gouvernement de Tokyo autorise la pratique du Karaté dans les écoles, comme faisant partie de l'éducation physique et sportive. Les Kobudo furent, par la même occasion, sauvés de l'oubli.
1913 : Resté longtemps secret à Okinawa le karaté ne fut dévoilé aux yeux du public qu’au début du XXe siècle

Sur ce cliché on peut voir Kanryo Higaonna (assis, 2e en partant de la droite) et ses
disciples Chojun Miyagi (debout au centre) et Juhatsu Kyoda (4e en partant de la droite)
1914 : La loi du silence est brisée et le Karaté avec Funakoshi Gichin est enfin enseigné hors d'Okinawa
Dès 1914 et 1915 : Kenwa Mabuni, Chotoku Motobu, Chotoku Kyan, Ogusuku, Shinpan Shiroma, Seitoku Ishikawa, Moden Yabiku et Funakoshi se relayèrent dans une série de démonstrations publiques à travers l’île d’okinawa.

Gichin Funakoshi dans son style Shotokan Ryu exécutant le kata Tekki shodan
1921 : À l’occasion de la venue du prince impérial sur l’île d’Okinawa, Gichin Funakoshi est chargé de diriger une démonstration de karaté faite par des écoliers.
1922 : Un an après cet événement, une exposition nationale d’éducation physique est organisée à Kyoto et Gichin Funakoshi est envoyé pour présenter le karaté d’Okinawa. Après cette démonstration et avec l’appui de Jigoro Kano il finit par rester à Tokyo pour y diffuser son art. C’est à cette période aussi que Jigoro Kano fit un voyage sur l’île d’Okinawa et son discours sur le Budo japonais provoqua chez les adeptes d’Okinawa, une réflexion sur la qualité culturelle de leur art et la conscience de leur vocation. Il faut savoir en effet qu’à cette période, les habitants de l’île vivaient dans une situation d’infériorité par rapport à la culture Japonaise.

Jigoro Kano (--) fondateur du Judo et une des plus grandes figures
du Budo Japonais de l’époque. L’attitude de Jigoro Kano était
à l’opposé du sectarisme, pour lui, son art le Judo faisait partie
du budo, entendu au sens général du terme. Ce qui diffère
considérablement de l’attitude des pratiquants de nos jours.
1926 : A la demande du préfet un groupe de maîtres d’Okinawa organisèrent une démonstration de karaté en l’honneur de la deuxième venue de Jigoro Kano sur lîle et c’est le maître Chojun Miyagi tout juste agé de 28 ans (fondateur de l’école Goju Ryu) qui fut chargé de la lui commenter. Le groupe était composé par les maîtres : Chojun Miyagi, Juhatsu Kyoda, Chotoku Motobu, Chomo Hanashiro, Chosho Oshiro, Choshin Chibana et K Go (Chinois).L’explication du Shuri-té est faite par Kenwa Mabuni et celle du Naha-té par Chojun Miyagi. A l’issue de cette démonstration Jigoro Kano dit à Chjun Miyagi et Kenwa Mabuni : « je pense qu’au point de vue de l’éducation physique et morale l’art du combat d’Okinawa doit être développer à grande échelle dans l’avenir et diffuser à Hondo ( l’île principale du Japon) »

Chojun Miyagi (à droite) à l’entraînement avec son élève Eiichi Miyazato.
1928 : Tout comme Gichin Funakoshi, Kenwa Mabuni quitte seul l’île d’Okinawa pour Tokyo.
1929 : Kenwa mabuni s’implante difinitivement à Osaka avec toute sa famille.

Kenwa Mabuni dans son style bien particulier, le Shito-ryu.
1937 : Démonstration de karaté dans la cours du chateau Shuri-Jo

Démonstration de karaté sous la direction de Shinpan Shiroma. On peut
remarquer quà cette époque les disciples n'avaient pas encore le Kimono.

Un document exceptionnel : au premier plan, sur l’estrade, se trouve le maître Juhatsu Kyoda
dirigeant un entraînement collectif de karaté d’une école d’Okinawa.

Huit maîtres de karaté posent pour la postérité.
Assis de droite à gauche : Chojun Miyagi, Chomo Hanashiro, Kentsu Yabu, Chotoku Kyan.
Debout de droite à gauche : Genwa Nakasone, Choshin Chiban, Choryo Maeshiro, Shinpan Shiroma
1939 à 1945 : Okinawa dévastée par la guerre et nombre d'experts, archives vivantes des arts martiaux, disparaissent. C’est aussi à ce moment la que les premiers Japonais se mirent à l'étude de ces curieuses techniques inventées autrefois par ces paysans méprisés de leur lointaine colonie d'Okinawa. Le relais est pris et la relève enfin assurée.

Choshin Chibana (assis au centre), du karaté Shorin ryu, entouré de ses
disciples à l’occasion d’une grande rencontre annuelle.
Après 1950 : Les experts d'Okinawa s'organisent en fédérations plus ou moins rivales, achevant de codifier leur enseignement sur des bases nouvelles, incorporant, modifiant, voire créant des Kata nouveaux. Parallèlement, des experts japonais créent leurs propres styles avec d'autres modifications... Mais les deux groupes d'experts se réclament toujours, aussi farouchement l'un que l'autre, de la lignée des anciens maîtres d'Okinawa

Le maître choshin Chibana vient de recevoir le prix de l’Okinawa Times Atlhetic Service.
Autour de lui se trouvent de grands maîtres d karaté. Katsuya Miyahira, Shoshin Nagamine,
Chochin Chibana, Yuchoku Higa, Meitoku Yagi, Shinei Kyan et kanei Uechi. Debout,
Seiki Itokazu, Seiko Fukuchi, Hohan Soken, Shugoro Nakazato ,Sikichi Toguchi.
1997 : 1er championnat du monde de karaté et de Kobudo à Okinawa organisé à Naha (capitale d’Okinawa) 1997.

Ce championnat fut l’occasion, notamment pour les délégations
étrangères d’assister à des démonstrations techniques et
de participer à des stages dirigés par par les
plus grands maîtres d’Okinawa du moment.
Aujourd’hui, depuis la création de ce 1er championnat du monde, le Karaté s’est divisé en deux pôles : le Budo et le sport. Le problème fondamental est la confusion entre ces deux pôles, c'est-à-dire deux disciplines qui portent le même nom mais dont les compétences requises dans leur domaine sont différentes. En tant que sport le Karaté est bien constitué .En tant que Budo le Karaté est un processus inachevé, et toujours en cours.